Le quotidien d'un démineur

Par

Vidya Vanniasingam

,

6 juin 2019

Temps de lecture estimé:

5 min

Les employés de la FSD sur le terrain


Le déminage n’est certes pas une activité banale. Mais ce n’est pas pour autant un métier de casse-cou. Chaque étape du travail est soigneusement planifiée, millimétrée et consignée dans des routines parfaitement huilées. Si le risque zéro n’existe pas, il doit être réduit au minimum, aussi bien pour les bénéficiaires, à qui l’on promet des terres sécurisées, que pour la sécurité des démineurs. Il s’agit également d’optimiser les ressources à disposition, le déminage étant une activité extrêmement onéreuse et les sources de financements limitées.

Exemple en Irak. Un démineur ne travaille jamais seul : une équipe de déminage consiste en un chef d’équipe et cinq démineurs, auxquels s’ajoute toujours un soignant. En début de matinée, au minimum deux véhicules par équipe se rendent ainsi sur la zone à traiter : une pour transporter les démineurs et le matériel, et une ambulance. Chaque équipe de déminage se voit attribuer une « tâche » à accomplir (c’est-à-dire une zone à décontaminer) par l’autorité irakienne chargée de l’action contre les mines. Le chef de l’équipe de déminage met régulièrement à jour les informations essentielles concernant la tâche en question sur un tableau blanc installé au «point de contrôle», le lieu où l’ambulance et le soignant sont postés, à proximité de la zone minée.

Ci-dessous, le tableau présente la tâche en cours dans le village de Mahana. De haut en bas, il indique l’identifiant de l’équipe chargée de la tâche (7), l’identifiant de la tâche (036), la date à laquelle le déminage a commencé (29 novembre 2018), la surface décontaminée en mètres carrés (306’000) et le nombre d’engins explosifs improvisés (EEI) nettoyés à ce jour, par type. «Pot» se réfère aux EEI dont la charge explosive est contenue dans une fraction d’oléoduc en acier (59 unités) ; «Plastic pot» à ceux dont la charge explosive est dans un pot en plastique (25 unités), et «drum» à ceux dont elle est contenue dans un jerrican (76 unités).

Il ne s’agit pas de petites mines artisanales. Chacune contient entre cinq et 20 kilos d’explosifs, largement assez pour tuer une personne voire pour détruire un véhicule. La plupart de ces EEI ont été fabriqués à Mossoul. Certains sont issus d’une usine de plastique qui fabriquait auparavant des objets domestiques et a été reconvertie en fabrique de mines artisanales par l’État islamique.

Sous le décompte d’EEI neutralisés est inscrite la date à laquelle a eu lieu le dernier exercice d’évacuation de blessés (10 mars 2019). Une telle simulation doit être effectuée au moins une fois par mois pour garantir que les équipes soient toujours prêtes à réagir de manière adéquate et efficace si un accident devait survenir. Sous le chiffre indiquant l’étendue totale de la zone contaminée (447’900 mètres carrés), le chef d’équipe a noté la distance (90km) et le temps de route (95 minutes) jusqu’au centre médical le plus proche. L’étendue de la tâche est représentée sur le schéma sous forme d’un polygone. Les points sont des EEI, la zone en bleu est celle déjà décontaminée.

Dans un village donné, les démineurs commencent par traiter la zone où leur travail aura le plus d’impact pour la population, qui n’est pas nécessairement la partie la plus contaminée. Il peut s’agir des environs d’une école, d’un champ, du chemin principal qui mène au village, etc.

La majorité des membres de l’équipe est chargée de chercher les engins explosifs. Lorsque leur détecteur trouve du métal, l’appareil émet un son. Le démineur tente alors de déterminer précisément où se trouve l’objet en métal et appelle le chef d’équipe. Celui-ci affine encore la localisation de l’objet et si possible, détermine celle des différents éléments de l’EEI avec le détecteur, puis marque à la peinture rouge la position de l’engin. Le démineur délimite ensuite la zone entourant l’EEI avec des bâtons et des rubans de marquage.

 

Après le marquage de la zone, un démineur hautement qualifié vient ensuite excaver l’EEI pour mieux l’examiner. S’il est possible de le faire sans danger, il le désarme, puis attache un crochet et une corde à l’engin pour ensuite le remorquer depuis une distance de sécurité de 100 mètres, au cas où il contiendrait un deuxième déclencheur caché. La charge explosive et le déclencheur sont finalement transportés vers un lieu sécurisé, où ils seront récupérés par les forces de sécurité iraquiennes. Régulièrement, de grandes quantités d’EEI sont rassemblés dans un lieu adéquat puis détruits par le biais d’une explosion contrôlée. Dans les cas où l’EEI ne peut être déplacé en toute sécurité, il est détruit sur place.

Déminer des bâtiments est une autre affaire. Dans ce contexte, il est très difficile d’utiliser un détecteur de métal. Les objets de la vie quotidienne et les éventuels débris d’infrastructures étant truffés de pièces métalliques, l’appareil sonnerait constamment. Les démineurs travaillent donc surtout de manière visuelle. Ils regardent à travers les fenêtres pour s’assurer qu’aucun explosif n’est caché derrière la porte d’entrée, afin de pouvoir rentrer dans la maison en toute sécurité. En cas de doute, mieux vaut parfois rentrer par une fenêtre. Les pièces du bâtiment sont ensuite examinées de manière systématique afin de trouver des indications de potentiels pièges explosifs. Le cas échéant, les démineurs utilisent leur kit de tractage: ils attachent des crochets aux portes, tiroirs et autres objets suspects, puis sortent de la maison, se postent à une distance de sécurité et tirent sur les câbles pour faire bouger l’objet.

Lorsque les bâtiments sont partiellement endommagés ou totalement détruits, il est difficile d’aller à la recherche d’EEI sous les décombres. Fin 2018, la FSD a donc fait l’acquisition de deux machines de chantier destinées à déblayer les gravats. Ces machines ont dû être modifiées pour pouvoir être utilisées dans des zones minées: afin de garantir la sécurité des opérateurs, les cabines ont notamment été blindées. Ces machines peuvent également aider les démineurs à excaver les EEI dans les champs, par exemple en été lors que le sol est extrêmement dur et difficile à creuser.

Constamment à proximité des démineurs lors des opérations, un soignant veille au grain. Recruté parmi des professionnels de la santé, il a ensuite été formé spécifiquement pour travailler dans un contexte de déminage et pour savoir agir en cas d’explosion accidentelle. Heureusement, les incidents sont très rares et les soignants consacrent la plupart de leur temps aux petites blessures courantes et à la prévention. Ils s’entretiennent avec les démineurs pour s’assurer qu’ils sont en forme et vérifient qu’ils s’hydratent bien en cas de forte chaleur par exemple.

Pendant la semaine, les démineurs dorment dans une maison de location à proximité de la zone qu’il sont en train de déminer. Le weekend, ils rentrent généralement chez eux.

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Une petite fille, portant un hijab, debout

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"Je jouais dehors avec des amis quand l'un d'eux a ramassé un morceau de métal posé sur le sol. Soudain, il y a eu une explosion. Nous sommes tous tombés au sol. J'ai eu l'impression d'avoir été frappé dans le dos. "Sanita, 11 ans.

Comme Sanita, de nombreux enfants marchent quotidiennement dans des zones contaminées par des mines terrestres et des munitions non explosées. Depuis 1997, la FSD travaille sans relâche pour localiser et éliminer ces dangereux héritages de la guerre dans le monde entier, et pour prévenir les accidents grâce à des campagnes de sensibilisation. La FSD assainit également les sites pollués par des déchets toxiques et soutient la paix et le développement dans les pays touchés par des conflits.

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